Dans son livre le C.D.H 14.18 de la Drôme aborde un sujet intéressant sur le choix des monuments, du prix,  du lieu d’érection …

On se rend compte que cela n’a pastoujours été aussi simple. Les comités qui se créaient au sein des communes n’avaient pas forcément la même vision que les municipalités en place ou les familles concernées. Politiquement, religieusement,  un monument pouvait refléter une idéologie,  laisser un message guerrier, patriotique ou de paix, d’où des emplacements dans le cimetière, dans l’église ou sur la place publique, qui elle, reste républicaine.

A Beausemblant les délibérations liées à l’érection du monument, ne rendent pas compte de ce genre de confrontation, où alors cela n’apparaît pas.

Dans notre commune, dés le 25 mars 1920 il est fait mention dans les délibérations du Conseil Municipal de l’achat d’un terrain pour ériger un monument. Il est aussi voté la levée d’une souscription communale.

Le 18 juillet 1920 Le C.M donne mandat au maire pour l’achat d’un terrain.

(Archives Municipales de Beausemblant)

Une parcelle est achetée à Monsieur Paul Reynaud, quartier de l’église, d’une superficie de 300 m2 pour un montant de 1000 Frs.

Un bail de 9 ans est signé avec le même propriétaire pour le terrain attenant à cette parcelle de 150 m2  à 15 frs l’année.

Le choix du lieu

Pourquoi ici ?

L’emplacement pourrait sembler plus étonnant. Le choix d’acheter un terrain éloigné de quelques dizaines de mètres de la place centrale (au quartier de l'Eglise) devait convenir à tous, même si, il ne correspond pas à l’usage : le situer à l'endroit le plus fréquenté par la population (Ecole – Eglise – Mairie), rappelant ainsi à chaque promeneur son message.

 

La place, au centre de Beausemblant a déjà un bassin assez important, une fontaine ainsi que les poids publics.

 

 

 

 

Si le choix d’installer le monument se faisait encore sur celle-ci, il y avait obligation de le séparer au moins du bassin et des poids publics rendant la place ainsi très « encombrée ». On peut supposer que nous avons là une raison.

Pourquoi pas le cimetière ?  Un peu plus éloigné, plus isolé, la population préfère certainement séparer les morts, de ceux, héros morts pour la patrie.

 

Le choix du monument.

Le prix reste un facteur non négligeable, il faut parfois revoir à la baisse ses ambitions d’où un choix qui est fonction de la richesse de la commune et de ses habitants dont dépendra le résultat de la  souscription, et même s’il n’est pas influencé par une quelconque idéologie, il est aussi à l’image de ce qui lui a été proposé.

Qu’est ce qui a porté le Conseil Municipal à s’adresser à ce statuaire plutôt qu'un achat sur catalogue ? Car apparemment on ne trouve pas énormément de monuments dans la Drôme signés Biny ou alors pas répertoriés comme tel.

Un devis est demandé auprès de Biny (1872.1924)  statuaire à Valence qui s’élève à 14.000 frcs. Montant tout de même assez élevé en comparaison du nombre d’habitants.

 

(Archives communales de Beausemblant)

devis monument aux mor par chabre                                                                                 (Archives communales de Beausemblant)

Le tampon Chabre-Biny avec pour adresse Paris laisse supposer qu’il était associé.

La souscription apportera 12 130 francs.  Nous y retrouvons les noms des « dignitaires » et bien sur pratiquement tous ceux touchés par le deuil.

liste souscript blog                                                                            (Archives communales de Beausemblant)

 

30 noms, dont celui, en tête, du Comte de la Sizeranne et des industriels Gauthié et Robin. Mais parmi les noms apparait par exemple « souscription Creure 855 frs ou souscription Lafumas 145.50 frs ce qui incite à penser que des particuliers ont récolté des dons et que les habitants de Creure se sont joints pour cette souscription. Certainement aussi lors de mariages, enterrements… On trouve aussi un reliquat de « fête des poilus » dont il est fait mention dans la délibération en novembre 1919, soit 62.50 frs.

souscription rec                                                                                  (Archives communales de Beausemblant)

 

Les villageois ont souvent été plus généreux du fait d’une solidarité plus affirmée : Les liens entre habitants à la campagne où tous se connaissent, sont différents de ceux de la ville.

Esquisse présenté par Chabre-Biny

 

plan détail 2                                                                                (Archives communales de Beausemblant) Extrait des plans

 

Cela ressemble étrangement à ce qui était proposé aux communes, par catalogue : La forme et les éléments que l’on désirait y voir figurer.  (sujet d'un prochain article).

Budget

La mairie a déjà engagé un crédit de 500 frs inscrit sur le budget de 1921 et elle s’engage à voter les crédits nécessaires afin de couvrir la totalité des dépenses 15 000 frs et s’il y a lieu, les dépenses imprévues. En effet la facture s'alourdie.

Demande au préfet de lui accorder des subventions 100 frs du Conseil Général et celle du ministère 600 frs ?

 

souscription p2 depenses

 (Archives communales de Beausemblant)

 

 

souscription reçu                                                                    (Archives Municipales de Beausemblant) 

 

Sur cette note apparait la subvention du ministère soit 600 francs. Elle correspond à 8% des crédits inscrits au budget.

 8 % est le résultat du nombre de morts par rapport à la population (recensement de 1911 faute d’en avoir fait pendant la guerre)

Le nombre d’habitants en 1911 est de 745 habitants

Le nombre de morts 29 ou 33.

La commune avait tout intérêt à noter le maximum de morts. Ceux nés sur la commune et ceux demeurant sur la commune.

 La facture s'élève à 14 555 frs dont :

Lyre d’Albon =  musiciens

Cpte Sylvestre = maçon

Port obus : les obus étaient cédés gratuitement mais le port restait à charge.

 (à suivre)