Mais qui est THIBAUD Camille mort en 1916  sur le monument aux morts que l’on ne retrouve pas dans le tableau d’honneur, ni dans la liste des « morts pour la France »  à Mémoire des hommes ou Mémorial Gen web ? 

Un coup d’œil sur la liste de recensement …   fils de Jean et né le 3 juin 1897.

Dans le registre d’état civil, son décès tel qu’il est écrit dans un premier temps :

 

 

«soldat au 5e régiment d’infanterie coloniale » a été ensuite rayé. Tiens tiens ! Pour quelle raison avoir biffé tous ces mots ?

 

Il n’est donc pas reconnu comme soldat ?  Ceux de la classe 17 avaient malheureusement le désavantage de partir plus tôt : Janvier 1916 d’où la raison d’un décès militairement possible en 1916.

 

Un petit tour dans les archives militaires archives de la drôme 1R345 me renseignera.

 

Il est appelé à servir dans le 5eme régiment d’infanterie coloniale. Il n’arrivera au corps d’armée (LYON) que le 21 janvier 1916 grâce à un sursis de 15 jours pour cause de maladie.

« Il est réformé temporairement de 1ère catégorie par la commission de réforme du Rhône en date du 8 février 1916 pour bronchite » soit 18 jours après son arrivée

« Réformé n°2 par la commission de réforme de Valence le 20 juin 1916 » .

 Décédé à Beausemblant le 6 juillet 1916.

 

Etant donné qu’il était déjà malade avant son incorporation, on maintenait le soldat au corps d’armée pour surveiller son état de santé et son éventuelle guérison. Mais afin de juger de la capacité du soldat à servir correctement, les commissions de réforme devaient se prononcer dans un délai maximum d’un mois sur le maintien ou non en service du soldat. Une bonne raison à ça, l’armée préférait que ces malades meurent chez eux afin qu’ils ne gonflent pas en plus la mortalité déjà dramatique de ses effectifs.

La réforme temporaire de 1ère catégorie entrainait déjà un retour au foyer. (un an maximum)

La réforme n°2 met un terme à son éventuel retour au corps d’armée.

Entre son arrivée et son décès, il n’est resté effectivement que du 21 janvier au 8 février 1916 au corps d’armée. Ainsi, dans la mesure où il a été incorporé, sur sa fiche militaire apparait dans la case campagne « contre l’Allemagne intérieur du 21 janvier au 8 février 1916 », mais je peux assurer qu’il n’a jamais combattu entre ces 2 dates.  Il était hors de question d’envoyer combattre une recrue sans un minimum d’instruction militaire. Le pauvre n'en a même pas eu le temps : il a dû passer ces 18 jours à l’infirmerie, car il y a peu de chance que la bronchite qui l’accablait depuis le début janvier (et peut-être depuis plus longtemps) ait disparu. Et même si les médecins major (surtout sur le front) avaient une certaine tendance à prendre tous les malades pour des simulateurs qui veulent éviter le front, dans le cas de C. Thibaud, sa maladie ne devait faire aucun doute. Le sursis et les réformes successives en sont la preuve. Malheureusement, entré chez lui, il ne se remettra pas de sa maladie. Il venait d’avoir 19 ans.

Alors ? On peut supposer que par compassion pour son jeune âge et respect  pour la famille,  la municipalité s’est permis ce petit manquement à la règle. Elle a tout de même voulu rendre hommage à ce jeune homme, même s’il n’est pas mort de mort violente les armes à la main, son ennemi était tout aussi impitoyable, une lutte sans remède encore efficace contre la maladie.